LA VALEUR N'ATTEND PAS...

Devenu peintre « par hasard » en un temps record – quelques mois –, Maxence est lui-même étonné d’être déjà coté chez Drouot et de faire son entrée dans le Larousse 2012 des artistes contemporains… C’est en réalisant un portrait de Beethoven, exposé au pied du piano sur lequel il interprète – en amateur – la Sonate au clair de lune, qu’il prend goût à l’art pictural : « Je voulais lui rendre hommage, lui apporter quelque chose de personnel…» Et bien qu’il ne revendique ni formation spécifique ni influence familiale, Maxence fait preuve d’une culture solide. « J’ai grandi dans les rues de Riom, et la ville m’a sensibilisé à l’art, en particulier lorsque j’ai découvert les tableaux du musée Mandet. Mon approche s’est faite via les mouvements classiques plus que par le pop art, et j’ai choisi de commencer par le portrait, qui est plus structuré, où les défauts sont perceptibles. »

Citant pêle-mêle Fragonard, Duchamp et Warhol, se référant à Léonard de Vinci, « qui a tout inventé », et à Picasso, « qui a tout réinventé », Maxence croit à une peinture du XXIe siècle où la personnalité des artistes serait moins marquante : « Ce qui reste d’une société, c’est l’art, mais son message peut se perdre si les artistes ne sont en quête que d’un moment de célébrité. Par exemple, Duchamp pouvait récupérer un urinoir d’usine pour le signer comme une oeuvre d’art, avec un pseudonyme puis l’intituler La fontaine, et, à l’époque romantique, Chopin était un artiste que l’on venait voir, pas écouter… » Il poursuit, réaliste : « Comme tout a été fait de la meilleure manière, je cherche à peindre avec des matériaux et des outils nouveaux. Je varie les techniques à l’instinct car je n’ai pas l’expérience qui permet de ralentir le geste. » Dans sa première série de portraits, Maxence utilise ainsi l’acrylique et la peinture phosphorescente, apporte des touches dorées ou argentées, se sert d’un marqueur sur fond monochrome, récupère les pots de noir et de blanc avec lesquels il a rénové son appartement… Etudiant en 2e année d’information-communication à l’université Blaise Pascal, il connaît bien sûr l’outil numérique, auquel il reproche de dénaturer l’authenticité des oeuvres, et il semble aussi regretter que la photographie ait pris le pas sur la peinture. « Peindre permet de se recentrer en déterminant des contours, de chercher à saisir un instant d’éternité pour instaurer un véritable échange avec la toile, d’où l’importance du format et du cadrage. »

Son portrait de VerdiVerdi est d’une intensité particulière, sans doute parce qu’il a voulu saisir les drames personnels du compositeur, qu’il explique en détail. « J’ai dû commencer par structurer avant de pouvoir déstructurer », explique Maxence, « mais j’ai déjà l’impression que je peux m’éloigner d’une certaine forme de copier-coller, sortir du classicisme, choisir des modèles inconnus… » Parmi les tableaux qu’il exposait en septembre et octobre derniers chez Manaud Architectes, rue Soubrany, il y avait ainsi le portrait d’une amie : « Elle m’a dit que je l’avais peinte telle qu’elle se voyait elle-même. » Joli compliment, que Maxence pourra ajouter à ceux du Livre d’or de cette même exposition, dont le vernissage a attiré pas moins d’une centaine de personnes… « Je crois que les gens ont l’impression d’avoir partagé quelque chose et qu’ils sont en attente. Il y a encore à espérer de l’art. »

Thierry CURREN


RIOM'MAG n°90

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